INTERVIEW – Ce lundi 9 février 2026, Karine Le Marchand dévoile son nouveau documentaire Les nouveaux Français, 100 ans d’histoire. Un sujet qui la touche personnellement, étant métisse d’un père natif du Burundi et d’une mère originaire de Lorraine. Elle nous raconte ce projet.
C’est désormais aux téléspectateurs d’agir. Après avoir présenté les nouveaux portraits d’agriculteurs de la nouvelle saison de L’Amour est dans le pré, ce sont aux futurs prétendants d’envoyer leurs lettres enflammées à ceux qui ont fait chavirer leur coeur. Les fans espèrent déjà que les prochains épisodes sont placés sous le signe de l’amour et des belles rencontres. Pour le moment, Karine Le Marchand fait une pause dans ce programme afin de présenter son nouveau documentaire : Les nouveaux Français, 100 ans d’histoire, diffusé ce lundi 9 janvier 2026 sur M6, dès 21h10. Lors d’un entretien, elle s’est confiée sur ce beau projet.
“Je suis aussi concernée”, confie Karine Le Marchand sur l’immigration
Pourquoi un programme sur l’immigration ?
Karine Le Marchand : C’est un documentaire que j’ai eu le plaisir de faire et que nous a demandé de faire M6. On s’est dit qu’on allait faire un peu sur le même système que ce qu’on avait fait avec Familles de paysans, 100 ans d’histoire. On va raconter des histoires humaines de l’intérieur qui vont retracer 100 ans d’histoire et vont permettre de comprendre comment on est arrivé à la situation actuelle. Forcément, je suis aussi concernée par le sujet et c’était important aussi pour moi de parler d’immigration positive. Je trouve cela intéressant de montrer que la France aujourd’hui est riche de migrants qui ont donné leur énergie, leur vie, leur espoir pour donner un monde meilleur à des enfants qui n’étaient pas encore nés.
Comment avez-vous construit votre documentaire ?
On a commencé à travailler avec des historiens. On leur a demandé quels étaient tous les flux migratoires qui se sont déroulés depuis la Première Guerre mondiale. Ensuite, on a regardé avec eux quels étaient les bassins géographiques qui avaient été impactés par la migration en France. Puis j’ai fait un appel sur mes réseaux sociaux afin de trouver des gens pour parler d’immigration, et là, on a eu environ 300 propositions. On voulait aussi des personnes avec des archives personnelles.

Un hommage au Chinois marrant dans le documentaire de Karine Le Marchand sur l’immigration
Souhaitiez-vous faire participer des personnalités dès le début du projet ?
Non, pas forcément. Moi, quand je pars sur un projet, je n’ai pas d’idée reçue. Ce qui était certain, c’était que j’allais avoir de l’historique, de l’archive et de l’humain. Parce que c’est un peu l’ADN de mes productions. Et après, parmi les gens qui sont filmés et qui ont réussi, entre guillemets, aux yeux des Français, il y a des gens qui émergent. L’exemplarité est fondamentale pour se projeter chez les jeunes générations.
On voit Bun Hay Mean dans le documentaire, ça risque d’étonner les téléspectateurs…
On a mis : ‘en hommage à Bun Hay Mean’ et sa famille nous a autorisés à montrer ces images, évidemment, sinon on aurait coupé son témoignage. Mais au contraire, il est fort et on voit qu’il ne se positionne pas comme son frère. On voit qu’au sein d’une même famille, sa façon de vivre est perçue différemment selon les personnes.
Pourquoi n’avoir sélectionné que quelques origines ?
Ce sont les flux migrateurs depuis cent ans qui sont incessants. On a parlé de toutes les vagues, mais on ne les a pas illustrées à chaque fois par un témoignage, parce que déjà, on a 20 personnes qui témoignent et c’est un long documentaire.
“Je n’ai pas envie de choisir”, l’engagement de Karine Le Marchand
Le documentaire ne dévoile-t-il pas une version trop idyllique de l’immigration ?
Tous les témoins sont de l’immigration positive. C’est la volonté de départ. Je pense que les problèmes des migrants sont suffisamment traités dans les chaînes info. Nous, on a voulu montrer combien les migrants sont aussi la richesse de la France. Moi qui suis métisse, c’est insupportable que de façon implicite, et seulement depuis quelques années, on nous demande de choisir. Je n’ai pas envie de choisir si je me sens plus noire que blanche. Je suis née en France, j’ai été éduquée par des Français, je me sens française. J’aime les clochers, j’aime les petits villages et je ne sens pas trahir mes origines africaines, parce que je me revendique de cette France que je trouve magnifique. ‘Mes ancêtres les Gaulois’, ça ne m’a pas traumatisée de le dire à l’école. Le communautarisme n’existait pas à notre époque.
Était-ce important d’évoquer votre métissage dans le documentaire ?
Ce n’est pas du tout un tabou, si on me pose la question, je l’évoque comme la plupart des sujets assez simplement. Mon père est venu faire ses études en France. Il a rencontré ma mère assez rapidement à Nancy et c’était intéressant aussi que j’illustre ce qui arrive très souvent : les gens restent par amour. Ce n’est pas forcément un arrachement dû aux guerres ou à la pauvreté.
Avec les agriculteurs et ce documentaire, avez-vous l’impression d’être une animatrice engagée ?
Non. Je ne me suis pas dit que je vais m’engager dans l’agriculture. Je regrette, par exemple pour les agriculteurs, que ce soit toujours moi qui sois sollicitée quand il y a une problématique agricole. Pour moi, ce sont les agriculteurs qui devraient s’exprimer. Il se trouve que ce n’est pas forcément le cas, et donc on me sollicite. Quand je peux, je le fais. Je ne veux pas non plus être systématiquement interrogée. Je peux vous dire qu’avec ce qui se passe en ce moment avec les vaches et tout ça, je dis non à tout le monde, parce que je voudrais qu’on aille voir les gens qui sont concernés. Je ne connais pas bien le dossier, donc je refuse de prendre la parole. Le problème, c’est qu’on est dans une société où tout fait peur. Ouvrir sa bouche aujourd’hui, on me dit : ‘quel courage’. Au secours ! Le courage, ce sont les grands-parents qui sont venus, qui ont crevé la dalle, qui se sont retrouvés dans des endroits pendant des mois, parqués pour avoir fui la dictature.
“On ne mangeait pas du mafé chez moi”, explique Karine Le Marchand sur son enfance
Je ne m’estime pas spécialement courageuse et je ne suis pas un porte-drapeau. Après, je suis métisse. Pendant toute mon enfance, on me demandait : ‘tu es de quelle origine ?’ Je ne connaissais pas bien mon père, donc c’était compliqué d’être fière de cette partie de moi. Je l’ai fait par le voyage, par la lecture, mais on ne mangeait pas du mafé chez moi. Je mangeais de la choucroute. Il y a mille façons de se sentir métisse et ce qui est assez intéressant, c’est qu’au moment où M6 nous interroge sur la possibilité de faire un documentaire sur l’immigration, je décide de faire un test ADN – parce que ma fille l’avait acheté mais ne l’avait pas fait. J’étais extrêmement touchée quand le résultat est arrivé. J’avais du sang allemand, de Suisse, de l’Égyptien, de l’Amérique du Sud ; je suis vraiment de partout. Et pour la petite histoire, grâce à cet ADN, j’ai retrouvé un demi-frère et j’en suis très contente.
Dans le documentaire, certains témoins racontent qu’ils ont dû changer de nom. Vous aussi vous avez fait le choix d’un autre patronyme pour votre carrière…
Oui, mais ce n’était pas pour mes parents, c’était la télé. Je vis avec mon nom depuis toujours, donc ce n’est pas un sujet. Mais c’est vrai que quand le directeur de la première télévision que j’ai faite a vu mon nom apparaître sur l’écran, il m’a conseillée de le changer. C’était une autre époque, c’étaient les années 90, mais ça ne m’a pas dérangée. De toute façon, j’avais été mannequin avant et des Karine, il y en avait trop. Donc, j’avais déjà changé de mon prénom ; j’étais habituée.
Avez-vous par le passé été victime de racisme ?
Non, sincèrement, si ça a posé problème, c’était en amont du fait qu’on m’engage. Donc, je ne le saurais jamais.
Est-ce une chose qui vous tient à coeur de raconter l’histoire de votre famille à votre fille ?
Oui, il n’y a pas de tabous chez moi. Il n’y a pas d’arrachement notoire en ce sens où mon père est venu faire ses études en France. Du coup, je n’ai pas eu d’histoires terribles à raconter non plus.
Karine Le Marchand s’expose loin de la télé
Le documentaire se termine sur l’immigration climatique, est-ce un sujet pour un prochain numéro ?
Non. Je l’ai annoncé il y a quelque temps. Après ce documentaire-là, j’ai fait une pause en production parce que ce sont des choses qui me prennent toujours plusieurs années et qui sont compliquées. Et je suis en train de développer la production digitale. Je fais de plus en plus de co-création, de prise de parole sur les réseaux sociaux, etc. J’ai sorti un club de célibataires qui marche très fort, qui s’appelle Le Club des Belles âmes. Je fais aussi des retraites de développement personnel dans ma maison à Aix-en-Provence. J’ai pris une tangente par rapport à la production télévisuelle, que j’adore, mais qui est exigeante et qui m’empêche de vivre. J’ai envie de développer d’autres choses.
Avez-vous une préférence entre l’animation et la réalisation de documentaires ?
J’aime les deux. C’est à regret l’histoire du documentaire, mais je ne suis pas quelqu’un qui fait de l’abattage. Je suis besogneuse et un peu artisanale. Et quand je vois effectivement le temps nécessaire pour faire un documentaire historique tel que celui-ci, je suis bien obligée de le mettre en face de l’énergie que ça me demande et de me dire que j’ai aussi envie de vivre.
Qu’en est-il de L’amour est dans le pré ? Êtes-vous toujours aussi enthousiaste au fil des saisons ?
Oui, j’ai beaucoup de chance. Aimer son travail, avoir du succès et en plus avoir de la reconnaissance… Je mesure la chance que j’ai. Je suis pleine de gratitude.
Y a-t-il une émission que vous rêveriez animer ?
Non, pas forcément. Vous savez, je suis quelqu’un qui adore innover. Je pense que si j’avais un programme qui me manquait, je l’écrirais, j’essaierais de le vendre.
